jeudi 25 novembre 2021

3. Séance spéciale: Langage et processus de réflexivité

 Le séminaire devait se joindre exceptionnellement à la journée d'études organisée par le Lier-FYT de 14h à 18h, à l'antenne de l'université de Chicago à Paris, 6 rue Thomas Mann, 75013 Paris.

Demie journée d'études annulée! Prochaine séance du séminaire le 17/12

samedi 13 novembre 2021

2. Un pragmatisme rationaliste parce que normatif et social: ce que Brandom est allé chercher (en fouillant bien) chez Kant et Hegel

Lectures préalables

R. Brandom, "Introduction", in Perspectives sur le pragmatisme d'hier et d'aujourd'hui, trad. franç. inédite par le Groupe de travail Brandom.

R. Brandom, "Introduction", in La Raison en philosophie. Donner vie aux idées, trad. franç. par le Groupe de travail Brandom, Ithaque, 2020, p.9-33.

Lectures de fond

J.-P. Cometti, Qu'est-ce que le Pragmatisme? Gallimard, 2010

L. Menand, Pragmatism. A Reader, Vintage books, 1997.

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(Enregistrement de l'exposé)

(Enregistrement du séminaire et de la discussion)

Peirce: "Consider what effects, that might conceivably have practical bearings, we conceive the object of our conception to have. Then, our conception of these effects is the whole of our conception of the object." dans "How to Make Our Ideas Clear", Popular Science Monthly, 1878, n°12, p.293 (Menand, p.36).

A/ Introduction: la difficile relation du pragmatisme à Kant et Hegel

Ce qu'il y a de surprenant dans une référence à l'idéalisme allemand dans le cadre "analytique". Sellars et la particularité de la philosophie "analytique" américaine.

1. Des incompatibilités évidentes entre le pragmatisme classique et l'idéalisme allemand (un système clos, fondationnaliste, intellectualiste et non-faillibiliste). Peirce contre la logique aristotélicienne, et donc contre Kant.

2. Quelques points de recouvrement? Rationalisme critique orienté par la science, historicité de l'expérience. Comment rendre compatible anti-scepticisme et faillibilisme?

B/ L'entrée normative dans le jugement kantien, et ses extensions croissantes (Hegel, Frege, Wittgenstein): PoP § I

1. "Penser c'est juger" comme phénomène normatif: commitment et entitlement.

2. Le concept comme "règle" (l'entendement kantien comme "faculté des règles"). Nécessité kantienne vs certitude cartésienne. La "pro-position" comme rupture avec l'ancienne architecture de la pensée (termes, jugements, syllogismes).

3 Le statut de l'aperception transcendantale (le "Je pense" kantien) chez Brandom: toujours déjà social-historique. Ouvertures sur Wittgenstein et Frege.

4. Le renversement décisif: que le contenu conceptuel dépend fonctionnellement de ce qu'on fait en jugeant. Un "faire" originaire, pragmatique (une "force" à la Frege déterminant les contenus): ses perspectives implicites pour une histoire substantielle de la vérité, de la raison objective.

C/ Du naturalisme empiriste des pragmatistes à la question du représentationnisme: PoP § II et III

1. En quel sens Hegel est-il "naturalisé" par les pragmatistes américains? L'évolution absolutisée en devenir pur.

2. Une résistance "scientiste" de Brandom: penser les conditions sociopolitiques du pragmatisme américain. Menand, la Guerre de sécession et le Metaphysical Club.

3. "Habitudes des choses" et habitudes cognitives. Le problème des causes et des raisons et de leur mise en continuité (de l'animal à l'astrophysicien).

4. Du naturalisme subjectif à l'anti-représentationnisme au niveau personnel (mais pas subpersonnel: les "représentations" dans les sciences cognitives). In fine, nous sommes nos normes, pas ce que causent nos "représentations" subpersonnelles.


mardi 2 novembre 2021

1. Philosophie "et" sciences sociales: pourquoi Brandom?

Lectures préalables

R. Brandom, "Introduction", in Perspectives sur le pragmatisme d'hier et d'aujourd'hui, trad. franç. inédite par le Groupe de travail Brandom.

R. Brandom, "Introduction", in La Raison en philosophie. Donner vie aux idées, trad. franç. par le Groupe de travail Brandom, Ithaque, 2020, p.9-33.

S. Laugier & S. Plaud (dir.), Lectures de la philosophie analytique, Ellipses, 2011, chapitre 10 "Après le pragmatisme", notamment la section 4., "Robert B. Brandom: rendre l'autonomie explicite", de F. Callegaro, p.576-598.

Lectures de fond

P. Winch, L'Idée d'une science sociale et sa relation à la philosophie, trad. franç. par M. Le Du, Gallimard, 2009.

B. Karsenti, "Introduction", in D'une Philosophie à l'autre. Les sciences sociales et la politique des modernes, Gallimard, 2013.

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(Enregistrement de la séance)

A/ Principes du séminaire

Le genre de pari philosophie que constitue la lecture d'un philosophe contemporain (la raison "actuelle" et le motif hégélien du "besoin de philosophie" dans sa forme propre à la modernité).

B/ Contexte général: philosophe "des" sciences sociales vs. philosophie "et" sciences sociales"

1. La revendication des sciences sociales à être précisément les sciences réflexives nées de l'émergence la modernité et pour elle (Comte). Désencastrement de l'économie et mutation des sensibilités (Marx et Balzac).

2. Si ce sont des sciences, elles méritent une épistémologie. La philosophie des sciences sociales mainstream: un modèle de scientificité inspiré des sciences de la nature.

  • Le social comme objet particulier, et non comme milieu réflexif.
  • Les sciences de référence: l'économie et la psychologie (cognitive)
  • L'ambition naturalisante, l'individualisme méthodologique

3. Quelques affinités essentielles de la philosophie analytique avec l'épistémologie des sciences sociales

  • Logicisme et sémantique "représentationniste"
  • La naturalisation de l'intentionnalité
  • La philosophie scientifique ("sérieuse") est-elle autre chose que la "servante" des sciences cognitives?
  • Les controverses autour de Wittgenstein, et l'importance particulière de Winch.
  • Des sciences sociales naturalisées sont-elles de meilleurs sciences, ou pas des sciences sociales du tout? Leurs références: Durkheim et Mauss, Weber, Elias? Le problème d'une philosophie alternative des sciences sociales (B. Karsenti)

4. Remarques sur la philosophie analytique (le "sérieux scientifique"). Le professionnalisme et ses institutions, l'anti-relativisme objectiviste, l'anhistoricité revendiquée, l'hétérogénéité entre normes sociales et normes de raison. Toute alternative à ce dispositif implique politisation.

C/ Pourquoi Brandom?

1. En quoi la question de la philosophe et/des sciences sociales est-elle centrale aujourd'hui pour la philosophie? Comme interrogation sur l'intelligence réflexive de la raison moderne. L'alternative: philosophie sociale normative et philosophie de l'esprit holiste (l'Ecole de Francfort, le pragmatisme américain).

2. Les problèmes considérables d'un alternative philosophique cohérente, qui articule autrement philosophie et sciences sociales.

  • Une "autre" philosophie du langage et de la logique, non logiciste et non représentationniste?
  • Pas un départ abstraitement pris dans le "social", mais un caractère substantiellement "social" de la philosophie de l'esprit (de la connaissance et de l''action)
  • De même, un rapport substantiel, organique entre conceptualisation philosophique et conceptualisation dans les sciences sociales.
  • Une philosophie qui réfléchit en son sein sa propre impulsion historique, le "besoin" du temps. Autonomisation (réflexive et collective) et modernité, et non naturalisation généralisée.

3. Brandom, promoteur d'un programme philosophique congruent avec ces attentes.

  • La Raison en philosophie et Perspectives sur le pragmatisme, "entre" Rendre explicite et L'esprit de la confiance.
  • Se situer dans la modernité: les Lumières, et la précédence des attitudes sur les statuts (ex: de la reconnaissance sur l'autorité). Le moment hégélien assumé par le pragmatisme.
  • Le noyau spéculatif de la philosophie de Brandom: un lien essentiel entre une pragmatique normative et une sémantique inférentialiste
  • Conclusion: lire l'œuvre de Brandom du point de vue d'une philosophie des sciences sociales encore à venir.


mardi 15 juin 2021

Philosophie et sciences sociales, programme 2021-2022

Ce séminaire propose d'explorer l'œuvre du philosophe américain Robert Brandom en confrontant deux de ses recueils d'articles, La Raison en philosophie (trad. franç. Ithaque 2021) et Perspectives sur le pragmatisme (une traduction actuellement en cours sera distribuée aux participants).

Le but est d'élucider dans quelle mesure le pragmatisme spécifiquement rationaliste de Brandom  (et rationaliste au sens de la tradition analytique en philosophie) se démarque de celui de Putnam, et  surtout de Rorty. Toutefois l'accent sera essentiellement mis sur la contribution de Brandom à l'articulation contemporaine entre philosophie de l'esprit, philosophie sociale, philosophie politique, et sciences sociales. Diverses confrontations sont prévues avec Habermas et Descombes.