lundi 17 janvier 2022

5. Sauver l'objectivité: le défi d'un pragmatisme "rationaliste" néo-hégélien (ou Rorty, victime d'un parricide)

Lectures préalables

R. Brandom, La Raison en philosophie, trad. française, Ithaque, 2021, chap. III,  p.89-121.

Lectures de fond

R. Rorty, "Introduction" et "Renoncer au monde" in Conséquences du pragmatisme, trad. française, Seuil, 1993.

R. Rorty & P. Engel, A quoi bon la Vérité? Grasset, 2005

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(Enregistrement de l'exposé

Enregistrement de la discussion)

A/ Introduction: Rorty, notre "chien crevé"

B/ Position du problème: le pragmatisme est-il un relativisme sceptique?

1. vérité-adéquation, représentation et objectivité, trois notions solidaires à rejeter? Brandom sur Leibniz et Spinoza: deux ruptures avec Descartes.

Dieu (l'adaptation)

représentants ↔ représentés (objets)

↓                            ↓

représentants ↔ représentés

(etc.)

Ce en quoi consiste l'objectivité des représentations (l'intentionnalité comme problème métaphysique). Remarque sur l'empirisme et la modalité.

2. Le contexte socio-politique de ces polémiques. Le problème des vérités en soi: la vision individualiste de la connaissance. Comment nous mettre d'accord sur l'accord? Sciences naturelles des Lumières, sciences sociales de la modernité.

3. Rorty et la "conversation" (le faillibilisme libéral-démocrate généralisé à la discursivité). Contraste entre l'expérience comme "friction" entre nos idées et les choses et l'anti-représentationnisme global du dernier Rorty.

4. De l'Erfahrung hégélienne comme processus pratique de la connaissance par essais et erreurs à la reconquête de l'objectivité dans un cadre pragmatiste normativiste. Brandom parricide.

B/ Lecture du chapitre 3 de La Raison en philosophie

1. Rappel des prémisses kantiennes de la lecture brandomienne de l'Erfahrung: responsabilité normative, concept comme règle et primat de la force sur le contenu.

2. Rappel des prémisses hégéliennes de l'analyse de la "friction" objective: normativité sociale, reconnaissance réciproque et "indépendance relative" des contenus conceptuels à l'égard des attitudes.

3. Qu'est-ce que cette "indépendance relative" des contenus jugeables eu égard aux attitudes doxastiques? L'image des joueurs d'échecs, puis celle de l'usage du terme conceptuel "cuivre". Le recours à la notion de division du travail social linguistique (Putnam).

4. Le temps qu'il faut au déploiement du décalage décisif entre l'attribution d'un contenu conceptuel (de dicto) et la reconnaissance normative de l'autorité qui devance cette attribution, et sert à évaluer (de re) la correction de l'attribution. C'est l'Erfahrung comme histoire et la logique de l'Erinnerung. Le modèle de la Common Law.

C/ Conclusion: et l'objectivité "réaliste" de l'objet, dans tout ça?

1. Pour écarter l'objection relativiste sceptique, on n'aurait besoin que d'assumer sa responsabilité devant des normes qui devancent et servent  évaluer les attributions autonomes des agents discursifs-conceptualisateurs. Brandom dit juste ce qu'on doit faire pour être considéré comme tenant un discours objectif, et il n'y a rien de plus "réaliste" dans l'objet que cela.

2. L'argument de Brandom enveloppe une idée réflexive du progrès de la Raison (auto-application du modèle de la Common Law à l'histoire de la rationalité).

3. Une place est réservée, contre Rorty, à la représentation. Pas comme "miroir de la nature", ni comme format psychocognitif interne, mais comme horizon de la référence (de re) sur laquelle converge les sens (de dicto): c'est ce qui permet de mettre en question les attributions persectives des agents discursifs en leur demandant: de quoi parles-tu?(Ce de quoi tu parles, c'est ce à la lumière de quoi on évaluera ta prétention à la connaissance objective).

mardi 4 janvier 2022

4. Naturaliser l'Erfahrung hégélienne, tout en conservant son historicité et son procès rationnel (Dewey n'en croit pas ses oreilles!)

Lectures préalables

G.W.F. Hegel, Introduction de la Phénoménologie de l'esprit, trad. française de J.-P. Lefebvre, Flammarion, 2012, p.115-128.

J. Dewey, "La réalité comme expérience", trad. française in Tracés, 2005, p.83-91.

R. Brandom, Perspectives sur le pragmatisme, chapitre 1 (traduction en cours)

Lectures de fond

R. Brandom, La Raison en philosophie, trad. française, Ithaque, 2021, chap. III,  p.89-121.

B. Karsenti & L. Quéré, La Croyance et l'enquête. Aux sources du pragmatisme. Raisons Pratiques, EHESS, 2004, notamment l'introduction, et les textes d'Isaac Joseph, Christiane Chauviré et Mathias Girel.

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(Enregistrement de l'exposé)

A/ Introduction

Le défi d'un pragmatisme "rationaliste" normatif (donc aux antipodes de Dewey) et cependant toujours naturaliste. Une tension entre évolutionnisme immanentiste et historicisme. La stratégie de Brandom: non plus invoquer un darwinisme généralisé et ses effets sur la connaissance humaine, mais naturaliser un concept socio-historique idéaliste-normatif de la connaissance. "Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie." (Lautréamont): Hegel et Dewey, deux notions hétérogènes de l'expérience?

B/ Le concept d'Erfahrung dans l'introduction de la Phénoménologie de l'esprit.

1. Les six thèses de l'Einleitung (dans une approche wittgensteinienne, en termes de grammaire logique de l'en-soi/pour-moi)

  • Il ne peut pas y avoir de critique préalable de ce qui sert à saisir la vérité: la connaissance ni un outil ni un filtre. L'"en soi" ne s'oppose pas au "pour moi", l'en soi est pour moi. Hegel est  post-kantien en ce qu'il réfute l'indépendance ontologique de la chose-en-soi comme de toute vérité ou Absolu séparés de la connaissance (PhE, p.117).
  • Ce qu'on juge d'habitude être une simple apparence de savoir est l'apparition du savoir. On ne peut donc  se proposer que d'"exposer le savoir dans le processus de son apparition phénoménale" (PhE p.119), jusqu'à ce que la totalité réfléchie de cette apparition phénoménale manifeste l'essence. Exposer ce processus c'est exposer la "science de l'expérience (Erfahrung) de la conscience" (PhE, p.127-128). Les moments du Tout (du Vrai, de l'Absolu) ne sont donc que des figures de la conscience.
  • Sur le chemin de l'en soi, ou de l'objet vrai, la conscience, certaine au départ, perd nécessairement sa vérité: c'est un chemin autant de doute objectif (scepticisme) que de désespoir subjectif (tragique, car une conscience meurt nécessairement à soi en atteignant le concept de l'objet). Mais c'est en même temps le chemin des figures véritables de la "culture" (Bildung) (PhE, p.120), car la conscience devient toujours plus cohérente avec elle-même en étant toujours plus objective.
  • Pour nous qui connaissons quoique de façon seulement formelle, vers quelle fin tend ce processus (le Vrai, le Tout comme Absolu), notre point de vue est celui du narrateur omniscient du "roman de formation" (Bildungsroman) de la conscience. Mais c'est la "conscience malheureuse" qui passe par tous les degrés du désespoir qui lui donne son contenu concret, et qui est l'héroïne du roman. Il faut donc opposer le point de vue du "pour nous" et celui du "pour soi", qui ne coïncident qu'à la fin dans le "savoir absolu".
  • La négation double qui se manifeste dans ce processus (eu égard à une "figure" périmée de la conscience et à une version périmée de l'objet) est en même temps la détermination véritable du contenu conceptuel. (Omnis) determinatio est negatio (duplex).
  • Enfin, le moteur du processus (entre certitude et apparence pour soi, et vérité-objectivité de l'en soi) est une oscillation "dialectique" (PhE, p.125) entre: a) ceci qu'il y a quelque chose pour une conscience" (ce à quoi se réfère un savoir en le distinguant comme son objet); et b) distingué de ce savoir, c'est-à-dire du simple concept de l'objet et posé comme étant en soi, la vérité dudit savoir. Mais cet en soi (cf. la thèse anti-kantienne initiale) n'a jamais été qu'un en soi pour moi! Aussi a) le critère de la vérité est-il toujours interne à la réflexion de la conscience en tant qu'elle se rapporte à ce qui est en soi pour elle; b) chaque fois que son savoir se modifie dans et par cette comparaison, l'objet se modifie aussi: "un nouvel objet vrai surgit" (PhE, p.125) et, du même coup, avec ce nouvel objet qui apparaît "dans le dos" de la conscience, à son insu, (PhE, p.127 et Encyclopédie §25) surgit une "nouvelle figure" de cette dernière, etc.
2. Ce que Brandom reprend, ce qu'il abandonne, et les enjeux de son opération de sélection du point du vue du pragmatisme. Peirce à l'arrière-plan: une processualité inférentielle concrète, une logique des choses. Mais c'est quand même l'expérience au sens vulgaire, par essais et erreurs, compliquée d'une démarche prospective/rétrospective des engagements et des habilitations (le modèle du jugement dans la Common Law). Le holisme sémantique, pas la totalisation du vrai; la convergence à l'infini du sens, avec "pessimisme sémantique" (la dialectique, le moment sceptique); pas celle de la référence.

C/ L'expérience comme réalité chez Dewey: analogies et écarts avec Hegel.

Les sept thèses de "Reality as Experience" (1906).
  • La réalité "R" (au sens de ce qui a toujours été là même avant nous "O") n'est distinguable de l'expérience "E" que si on interpose une conscience entre les deux. Critique de la conception positiviste du fait.
  • Mais être pleinement darwinien, c'est considérer que la réalité doit inclure en elle l'esprit, et que l'esprit sélectionné est nécessairement adapté à l'action sur la réalité et notamment à la connaissance "expérimentale" de cette réalité.
  • On ne va pas tant de l'expérience à la réalité que de "versions" de la réalité expérimentée vers d'autres "versions" mieux adaptées, selon un principe faillibiliste: O = (R0 + E0), (R1 + R1), (Rn + En), etc.
  • Mais cette transition continue ne peut être découverte que dans l'expérience elle-même, et non par un usage transcendant de la "théorie" de l'évolution (preuve par régression).
  • D'autre part, on ne peut pas séparer l'extra-scientifique (par ex. le coup de pioche sur un chantier de fouilles) du scientifique du point de vue de la pratique de co-production de la réalité expérimentée et de l'expérience de la réalité. Ne pas confondre la science comme "connaissance formulée" et la science comme processus immanent et continuiste qui va de la pratique ordinaire jusqu'à la plus haute réflexion scientifique.
  • Il y a toujours un "surplus" de O sur R, et l'incomplétude de R n'est levée que partiellement (asymptotiquement?) par E. O est-il une affirmation ontologique (la dynamique de l'être-en-soi-se-faisant-expérience-et-objet-d'expérience) ou un pur et simple index logique de l'incomplétude de l'expérience?
  • Il n'y a pas de "fonction de connaissance" réellement isolable dans l'expérience, car toutes les fonctions psychologiques (volonté, émotion) sont prises ensemble dans la dynamique du surplus O > R + E.
D/ Conclusion: comment revenir sur l'Erfahrung à partir de ce point de vue faillibiliste? Il suffit de glisser de la théologie implicite chez Hegel à la grammaire logique, et de l'épistémologie aprioriste à une socio-histoire de la connaissance.

jeudi 25 novembre 2021

3. Comment sortir le pragmatisme de l'impasse instrumentaliste? Le cheminement de Brandom vers un pragmatisme "rationaliste" (Dewey s'en retourne dans sa tombe!)

Lectures préalables

R. Brandom, "Introduction", in Perspectives sur le pragmatisme d'hier et d'aujourd'hui, trad. franç. inédite par le Groupe de travail Brandom.

L. Clavier, « La réception du pragmatisme par Durkheim ou le refus de la sécularisation du vrai », Recherches en éducation, n°5, 2008.

Lectures de fond

R. Brandom, Rendre explicite I, trad. française, Cerf, 2010, section I. à V., p.57-147.

R. Brandom, La Raison en philosophie, trad. française, Ithaque, 2021, chap. III,  p.89-121.

É. Durkheim, Pragmatisme et sociologie, Vrin, 2001.

Voir aussi la récente polémique entre P. Engel et S. Laugier, dans Le Monde puis Libération, sur la vérité-adéquation aux faits.

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(Enregistrement de l'exposé)

Peirce: "Consider what effects, that might conceivably have practical bearings, we conceive the object of our conception to have. Then, our conception of these effects is the whole of our conception of the object." dans "How to Make Our Ideas Clear", Popular Science Monthly, 1878, n°12, p.293 (Menand, p.36).

A/ Introduction: enjeux de la reconstruction brandomienne de l'histoire du pragmatisme.

1. Sa bizarrerie: postuler un pragmatisme "fondamental" avant l'instrumental de James et Dewey. Ce que fait Brandom: il s'applique sa propre méthode ("clarifier rétrospectivement et découvrir prospectivement"), mais en assignant au pragmatisme une finalité inédite: l'(auto-) explication de la raison, ou l'auto-nomie.

2. But grandiose qui contraste avec la réduction triviale (Schiller: "le vrai, c'est ce qui marche", c'est ce qui utile en pratique). L'opération-clé de Brandom: non pas à quoi le langage (la raison) est utile, mais comment on l'utilise (son usage). Note sur l'histoire conceptuelle.

3. La critique durkheimienne du pragmatisme de James. Dans quelle mesure la réécriture par Brandom du pragmatisme pare-t-elle aux objections de Durkheim?

4. Toutefois, tension qui subsiste: pour conserver l'étiquette "pragmatisme", il faut rester naturaliste, mais pour relancer le projet rationaliste de l'idéalisme allemand, il faut spécifier comment l'explosion du normatif, de l'autonomie, se produit (soit "l'effet de levier").

B/ Sauver l'instrumentalisme de lui-même

1. Rappel sur les règles et les normes (conceptuelles): le fondement des règles explicites est dans les normes suivies implicitement en pratique. Wittgenstein, puis Kant sur le jugement. Stupidité et autisme.

2. Resserrer la discussion sur l'intentionnalité cognitive: le know-how avant le know that. La contrainte continuiste héritée du naturalisme: R. Millikan et le succès adaptatif au sens évolutionnaire.

3. Première subversion: la maxime pragmatiste porte non sur la vérité, mais sur le sens: le savoir-faire-sens. Comment les gens qui croient quelque chose (et on croit toujours ce que ce qu'on croit est vrai) peuvent-ils être tenus par les autres comme croyant ce qu'ils croient? Que doivent-ils faire, et de quel savoir-faire ont-ils besoin?

4. De la croyance psychologique à une attitude doxastique normative (croire, c'est devoir croire à ce qu'on croit, mais aussi à ses conséquences, et aussi en repérant leurs incompatibilités): le Fürwahrhalten kantien (tenir-pour-vrai). Know-how et know that // usage (utilisation et pas utilité) et sens (ou contenu conceptuel).

5. L'instrumentalisme sauvé de lui-même: comme holisme fonctionnaliste compréhensif.

Penser l'intentionnalité cognitive (le savoir-faire-sens évalué publiquement comme un pratique) en termes de rôles fonctionnels dans un processus expérientiel. Cycle TOTE et Erfahrung naturalisée. L'idée de "friction" objectivante parce que faillibiliste: co-évolution des normes et de ce que (l'objet objectif) les normes permettent d'évaluer.

Le quadrille final: attribuer de dicto des engagements/les reconnaître de re + clarifier rétrospectivement/découvrir prospectivement comme interprétation pragmatiste de l'expérience au sens de Hegel.

C/ Le "lingualisme faible", étape cruciale vers le pragmatisme rationaliste.

1. Les pragmatistes et la logique après Peirce: une voie de garage. La lente reconquête d'une réarticulation du langage ordinaire à la logique symbolique (via la "grammaire des concepts" de Wittgenstein). Une pragmatique anthropologique de l'usage du langage ordinaire/naturel vs une théorie mathématique des langages artificiels = une théorie qui part des règles d'usage et en dérive les significations, vs une théorie qui part des significations et y ajoute des règles d'usage. Quine vs Carnap.

2. Le lingualisme n'est pas le rationalisme (classique): c'est l’engagement à comprendre les capacités conceptuelles (la discursivité en général) en termes de capacités linguistiques (Dummett: juger-asserter, c'est l'intériorisation d'une pratique publique, perspectiviste et communautaire, donc sociale). Le lingualisme fort (nécessaire) et le faible (suffisant). C'est le fonctionnalisme lingualiste qui sert de guide pour penser le/la logique à partir de la pragmatique l'assertion (claiming): quel rôle jouent les assertions (et du coup leurs composants: prédicats, variables, quantificateurs, etc.)

3. Précision du fonctionnement conceptuel du quadrille (fin du §.IV)

D/ Conclusion et remarques sur l'équivoque de la démarche de Brandom

Retour final à l'ambition naturaliste: démarcation, émergence et effet de levier. L'émergence juste pour s'opposer à Descartes? L'effet de levier produit-il une authentique socio-histoire de la connaissance, ou une simple complexification? La démarcation linguistique/non-linguistique comme question centrale: le linguistique "pur" recentré sur le jeu de langage privilégié de demander et donner des raisons. En quel sens le problème de l'émergence naturaliste ne préempte-t-il pas la question de la modernité de la raison (de son autonomie)? Rappel de l'analyse de Lumières (in Rendre explicite): primat des attitudes sur les statuts. Emergence + effet de levier ou histoire, il faut choisir.

Un point névralgique: Brandom considère l'acte de discours (speech act) de l'assertion comme une certaine sorte de "faire", de pratique. Mais un acte en ce sens précis est-il une action? Linguistique pragmatique et philosophie pragmatiste; rien sur Searle.

samedi 13 novembre 2021

2. Un pragmatisme rationaliste parce que normatif et social: ce que Brandom est allé chercher (en fouillant bien) chez Kant et Hegel

Lectures préalables

R. Brandom, "Introduction", in Perspectives sur le pragmatisme d'hier et d'aujourd'hui, trad. franç. inédite par le Groupe de travail Brandom.

R. Brandom, "Introduction", in La Raison en philosophie. Donner vie aux idées, trad. franç. par le Groupe de travail Brandom, Ithaque, 2020, p.9-33.

Lectures de fond

J.-P. Cometti, Qu'est-ce que le Pragmatisme? Gallimard, 2010

L. Menand, Pragmatism. A Reader, Vintage books, 1997.

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(Enregistrement de l'exposé)

(Enregistrement du séminaire et de la discussion)

Peirce: "Consider what effects, that might conceivably have practical bearings, we conceive the object of our conception to have. Then, our conception of these effects is the whole of our conception of the object." dans "How to Make Our Ideas Clear", Popular Science Monthly, 1878, n°12, p.293 (Menand, p.36).

A/ Introduction: la difficile relation du pragmatisme à Kant et Hegel

Ce qu'il y a de surprenant dans une référence à l'idéalisme allemand dans le cadre "analytique". Sellars et la particularité de la philosophie "analytique" américaine.

1. Des incompatibilités évidentes entre le pragmatisme classique et l'idéalisme allemand (un système clos, fondationnaliste, intellectualiste et non-faillibiliste). Peirce contre la logique aristotélicienne, et donc contre Kant.

2. Quelques points de recouvrement? Rationalisme critique orienté par la science, historicité de l'expérience. Comment rendre compatible anti-scepticisme et faillibilisme?

B/ L'entrée normative dans le jugement kantien, et ses extensions croissantes (Hegel, Frege, Wittgenstein): PoP § I

1. "Penser c'est juger" comme phénomène normatif: commitment et entitlement.

2. Le concept comme "règle" (l'entendement kantien comme "faculté des règles"). Nécessité kantienne vs certitude cartésienne. La "pro-position" comme rupture avec l'ancienne architecture de la pensée (termes, jugements, syllogismes).

3 Le statut de l'aperception transcendantale (le "Je pense" kantien) chez Brandom: toujours déjà social-historique. Ouvertures sur Wittgenstein et Frege.

4. Le renversement décisif: que le contenu conceptuel dépend fonctionnellement de ce qu'on fait en jugeant. Un "faire" originaire, pragmatique (une "force" à la Frege déterminant les contenus): ses perspectives implicites pour une histoire substantielle de la vérité, de la raison objective.

C/ Du naturalisme empiriste des pragmatistes à la question du représentationnisme: PoP § II et III

1. En quel sens Hegel est-il "naturalisé" par les pragmatistes américains? L'évolution absolutisée en devenir pur.

2. Une résistance "scientiste" de Brandom: penser les conditions sociopolitiques du pragmatisme américain. Menand, la Guerre de sécession et le Metaphysical Club.

3. "Habitudes des choses" et habitudes cognitives. Le problème des causes et des raisons et de leur mise en continuité (de l'animal à l'astrophysicien).

4. Du naturalisme subjectif à l'anti-représentationnisme au niveau personnel (mais pas subpersonnel: les "représentations" dans les sciences cognitives). In fine, nous sommes nos normes, pas ce que causent nos "représentations" subpersonnelles.