mercredi 2 novembre 2022

1. Le mouvement psychanalytique au 20e siècle: Histoire conceptuelle, philosophie de l’esprit et sociologie de la connaissance. Enjeux et buts de l'enquête (1)

[...] If some traces of the autocratic pose,
the paternal strictness he distrusted, still
     clung to his utterance and features,
   it was a protective coloration

for one who'd lived among enemies so long:
if often he was wrong and, at times, absurd,
     to us he is no more a person
   now but a whole climate of opinion
under whom we conduct our different lives [...]

One rational voice is dumb. Over his grave
the household of Impulse mourns one dearly loved:
     sad is Eros, builder of cities,
   and weeping anarchic Aphrodite.

W.H. Auden, In Memory of Sigmund Freud (1939)

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A/ Le titre de ce séminaire: clarifications préliminaires

1. Le mouvement psychanalytique au 20e siècle: délimitation, et inscription dans une socio-histoire longue de la modernité individualiste et démocratique en Occident (Elias)

Une dynamique de transmission d'individu à individu par la cure (les noms propres en psychanalyse). La question des dissidences et de l'institutionnalisation du mouvement. Auden: "... a whole climate of opinion": les sensibilités freudiennes des modernes. La psychanalyse comme répondant enfin à un besoin non de thérapie, mais de réflexivité critique (l'école de Francfort).

Son essor à partir de la "crise du libéralisme". Elias, "le plus freudien des sociologues" et le processus de civilisation: sociogenèse et psychogenèse (et non phylogenèse et ontogenèse). Différence entre Elias et Adorno.

La psychanalyse, un mouvement de "modernisateurs" de la psychanalyse. Psychanalyse et sciences sociales du point de vue de l'émergence sociohistorique des Modernes.

2. Qu'entendre par "histoire conceptuelle"?

L'approche historique des concepts (Duso, l'école de Padoue). Qu'est-ce qu'un concept du point de vue formel? Que signifie en penser la genèse historique? L'histoire conceptuelle en psychanalyse.

L'histoire conceptuelle au sens spécial à Kosellek. En quoi la psychanalyse y est-elle intéressée?

Différences entre Kosellek et Duso, significatives pour ce projet: Duso plus conceptuel-théorique que conceptuel-catégoriel; un souci politique d'orientation réflexive sur l'avenir/le devenir des concepts. Transition vers la philosophie de l'esprit: d'une pragmatique sociolinguistique à une sémantique formelle enracinée dans une pragmatique.

 

mercredi 11 mai 2022

Philosophie et sciences sociales, programme 2022-2023

Le mouvement psychanalytique au 20e siècle. Histoire conceptuelle, philosophie de l’esprit et sociologie de la connaissance

(UE667, lien pour s'inscrire)

En quel sens les concepts éminemment « psychologiques » de la psychanalyse, et ce qu’ils prétendent faire connaître du « sujet individuel », sont en vérité des catégories sociales — i.e. des catégories de la connaissance réflexive sociologiquement et historiquement déterminées ? Poser cette question est dérangeant : la psychanalyse a souvent revendiqué une position d’extériorité, voire de transcendance par rapport au social, soit par la voie naturaliste (Freud), soit au risque de généralités quasi métaphysiques (Lacan). La justifier exigerait, déjà, de prendre soigneusement en considération, quand on entreprend l’histoire conceptuelle de la psychanalyse au 20e siècle, les métamorphoses de la socialisation individualiste, ses multiples crises dans les sociétés modernes, et les remèdes qu’on leur a imaginés, dont, entre autres, le divan. Mais ce ne serait pas assez. Plutôt qu’offrir une nième mouture de l’« histoire culturelle » des influences qui ont façonné les théories freudiennes et post-freudiennes, ce séminaire ambitionne de cerner de plus près le parallèle éliasien entre sociogenèse et psychogenèse tout du long du processus de civilisation, autrement dit, d’appréhender la réflexivité psychanalytique à l’aune des paradoxes de ce processus et des épreuves individuelles et collectives qu’il implique. Projet bien différent de celui, plus banal, d’une critique épistémologique in abstracto de la psychanalyse. Mais avec cela, argumentera-t-on, l’enjeu capital de l’objectivité des notions psychanalytiques ne disparaît nullement ; il est au contraire réélaboré, mais à la lumière d’une philosophie sociale de l’esprit, explicitement pragmatiste et expressiviste. On examinera donc les chances d’un tel programme de recherches, les études à engager, et les obstacles à prévoir.


dimanche 10 avril 2022

11. Brandom et le "pragmatisme" de Hegel: remarques à partir de l'introduction d'A Spirit of Trust (J.-C. Brossard)

 Lectures

Introduction et Postface d'A Spirit of Trust, trad. française inédite.

G. Bouché ,« A pure philosophy of language with edifying intent », dans Reading Brandom, on A Spirit of Trust, Routledge, 2020, p.166-184.

lectures complémentaires

F. Knappik « Brandom on postmodern ethical life: moral and political problems » dans Reading Brandom, on a Spirit of Trust, Routledge, 2020, p.184-198.

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A / Introduction : Qu'est ce qu'une lecture pragmatiste de Hegel pour Robert Brandom ?

a-Quels réceptions de Brandom ? L'exemple de MacDowell et Redding.

Quels sont les points communs et les différences entre Making It Explicit et A Spirit of Trust ? Il semble que : (i) Brandom continue le projet de MIE (ii) Brandom est donc parfois justifié, parfois non, dans sa lecture de Hegel comme étant pragmatiste. Est-ce le cas ? Est-ce que Brandom reconstruit les arguments, les thèses, et les concepts de Hegel comme étant un pragmatiste analytique ?

b-Style et construction de l’œuvre : Les points communs entre Hegel et Brandom.

La structure circulaire de l’œuvre :

-Circularité des concepts de Hegel et Brandom se renvoyant mutuellement

-Circularité du lexique conceptuelle de Brandom à la manière de Hegel, ou les concepts sont utilisés dès le début en étant définis, par exemple, deux cents pages plus loin.

-Circularité de la lecture : Comme chez Hegel, le lecteur fait l'expérience progressive du texte, tout comme celle d'un lecteur « omniscient », de la totalité de celui-ci.

La double méthode d'exposition :

-Logique : Exposition, définitions, et place du lexique conceptuel.

-Historique : Place, rôle, et usages des concepts dans l'histoire. Chez Hegel, la conscience malheureuse chez les sceptiques grecs, chez Brandom, la certitude sensible comme le Mythe du donné chez Wilfrid Sellars.

La réception du texte, et l'accusation de « dogmatisme ».

-Hegel et Brandom sont-ils des « dogmatiques », interprétant toutes philosophies ou événements sous le prisme de leur propre philosophie ? Ou est-ce que le projet général de l’œuvre n'est pas seulement de reconstruire des arguments ou d'en réfuter d'autres ?

c-Le projet de définir une éthique intellectuelle, en la mettant en œuvre dans le texte même :

-Non seulement le sens de la philosophie de Hegel, mais quel « usage » fait-il de la philosophie : Ce que Brandom entend reconstruire dans son propre texte.

-Le résultat de cette reconstruction comme éthique intellectuelle, au sens d'une « philosophie édifiante », ou encore d'une « éthique du travail philosophique » : Confiance et pardon, comme s'opposant à l'ironie.

-Rendre ce projet sensible dans le style, le lexique, et la construction française, afin de ne précisément pas en faire uniquement en commentaire de Hegel, comment les enjeux de traduction se heurte à la difficulté de rendre ce projet. Se concentrer sur celui « d'expressivisme », et ces différents champs d'applications pour développer ces difficultés.

B / L'expressivisme conceptuel.

( Cf. partie 1 et 2 de l'introduction )

a- La tripartion conceptuelle de tout langage :

- « Ground-level », « Higher-level », « Meta-meta-level » : Concepts descriptifs empiriques, concepts expressifs « spéculatifs », double perspective méta-linguistique de raison et entendement.

 Leurs propriétés et expositions conceptuelles, et leurs enjeux dans une traduction Française : « Ground-level » comme « concepts de terrains », « concepts de bas niveaux » ? « Higher-level » comme « concepts élevés » ?

b-La méthode de commentaire de Hegel avec ces trois niveaux, et ces enjeux :

-la « Semantic Descent », simple méthodologie de commentaire de Hegel, ou niveaux valant pour tout langage dont celui de Hegel ? Une méthode intra-philosophique pour Hegel par Brandom, ou une méthode de « remontée aux origines », de « filiation », ou de geste inverse valant pour tout type de langage ou de vocabulaires ?

c-Un premier enjeu éthique : l'objectivité du langage, sans systématicité :

-L'opposition entre « Philosophie édifiante » et « Philosophie systématique » chez Rorty : Les conséquences d'un pragmatisme objectif, mais édifiant, par la distinction à trois niveaux.

C / L'expressivisme social.

(Cf. partie 2 et 3 de l'introduction, et la post-face ).

a- L'isomorphie des relations objectives de premier niveaux, et des relations normatives de deuxième niveaux :

-Les concepts spéculatifs s'exprimant à travers les concepts objectifs/ Les règles d'usages normatives et sociales s'exprimant à travers le sens sémantique des propositions objectives de façon immanentes et dynamiques selon quels concepts est expressif ou non, quels concepts exprime telle règle plutôt qu'un autre.

-Le jeu opéré par Brandom entre des termes classiques reconnus, et ceux de son propre travail : l'exemple de « rational reconstruction », et « historical recollection », jeu à rendre sensible en Français.

b-un modèle social expressif appliqué au débat philosophique lui-même :

-L'application de l'expressivisme au débat philosophique lui-même, le déploiement historique et conceptuelle chez Hegel comme modèle, repris par Brandom quand à ces propres débats et positions : Ne pas dissoudre les arguments ou les défendre simplement, mais les reconstruire dans le modèle expressif, la reprise du thème de « La Raison faisant l'histoire dans le dos », quand à la philosophie.


c-un deuxième enjeu éthique : l'objectivité inter-subjective, sans herméneutique :

-Un pragmatisme objectif, inter-subjectif car normatif, mais ne reposant pas sur l'herméneutique, mais sur la reconnaissance mutuelle : Non pas un consensus seulement cohérent, des découvertes objectives vraies selon la détermination toujours plus grande des concepts.

D / L'expressivisme historique.

( Cf. partie 4 et 5 de l'introduction et postface.)

a- Les relations des trois niveaux à l'échelle de l'histoire :

-Remémoration historique sous la double perspective rétrospective, et prospective, comme sélection d'une série expressive passée, pour saisir les usages actuels, et penser les potentiels expressifs futurs.

b-Le pragmatisme de Brandom, de Hegel, et le pragmatisme fondamental.

-Une éthique du travail intellectuel pour cette double perspective : Le Pardon rétrospectif, et la Confiance prospective. La perspective rationnelle de Hegel, la perspective d'entendement de l'aliénation « finie ».

-La mise en œuvre de cette éthique dans « Spirit of Trust » à travers Hegel, pendant l'exposition conceptuelle : L'histoire du pragmatisme fondamental, et Brandom s'intégrant « expressivement », appliquant à sa propre philosophie une « remémoration historique ».

-La question d'un style d'écriture désirant rendre cette effet : Répétitions de mêmes termes longues, phrases longues avec peu de ponctuations, et le rapport avec le style Hégélien.

c- L'éthique de la confiance, et l'éthique de l'ironie :

Langages et attitudes philosophiques envers ces langages : Ironie du philosophe, ou confiance de celui-ci, et le rôle en résultant pour celui-ci dans une société donné.

E / Conclusion : Une éthique de la post-modernité, ou de la modernité ?

-Brandom et la qualification de cette éthique comme « post-moderne », est-ce le cas, et qu'est t-il alors entendu par lui de « modernité » ?

-Le projet global de l’œuvre et la question d'une traduction pouvant rendre ce projet global.


mardi 29 mars 2022

10. Brandom et le projet classique d’analyse : adjoindre à la sémantique une pragmatique (P.-F. Mouraud)

Lectures

R. Brandom, Perspectives sur le pragmatisme, chapitre 6, trad. française inédite (ou les deux premiers chapitres de Between Saying and Doing: Towards an Analytic Pragmatism, Oxford University Press, 2008)

A. Tarski, « On the Concept of Following Logically », History and Philosophy of Logic, vol. 23, no 3, septembre 2002, p. 155-196.

Lecture complémentaire

B. Halimi, Le nécessaire et l’universel : analyse et critique de leur corrélation, Paris, J. Vrin, 2013.

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(Texte de l'exposé)

A/ Introduction : Brandom et le vocabulaire logique, rupture et continuité avec le projet classique d’analyse ? 

(Cf dernier § du chapitre 6 : « For the conclusion will be that it is because some vocabularies…”)

La thèse de Brandom : le vocabulaire logique est un genre qui possède plusieurs espèces. Ce genre est défini par les traits suivants : 

- Le vocabulaire logique est déployé à partir de pratiques algorithmiquement élaborées à partir de : 

o Pratiques qui sont PV-nécessaires pour tout vocabulaire autonome (et donc, par extension, pour tout vocabulaire) et qui 

o Sont suffisantes pour spécifier explicitement ces pratiques PV-nécessaires.

Conclusion : n’importe quel vocabulaire qui satisfait ces conditions est un « vocabulaire universel LX » (ou vocabulaire universel ElEx, dans la terminologie de la traduction française). 

Trois dimensions centrales de ce projet : 

- La logique non plus comme archi-théorie des vocabulaires, mais comme vocabulaire

- Non plus un projet seulement sémantique, mais un projet sémantique et pragmatique

- Dépasser le dilemme logiciste

B/ Les impasses de l’universel dans le projet classique d’analyse

1. La logique moderne se caractérise par le fait d’être une science de portée maximale, universelle. De quelle universalité, s’agit-il? Universalité objectuelle ou universalité discursive ? 

i. Universalité discursive c'est-à-dire radicalité : la radicalité désigne le fait que tout raisonnement présuppose les règles de la logique. Tout raisonnement présuppose les lois de la logique. La logique est une sorte d’archi-théorie présupposée par toute activité rationnelle. La logique précède en droit tout autre théorie.

ii. Universalité objectuelle c'est-à-dire généralité absolue : la généralité absolue est justement le propre de la logique, en tant que la logique porte sur tous les objets pensables quels qu’ils soient. Il s’agit d’une universalité non-restreinte.  

2. Une classe de tous les objets ? Le paradoxe de Russell ou les impasses de la généralité absolue. 

C/ Le défi de la démarcation des termes logiques

1. Qu’est-ce que le projet classique d’analyse ? Deux conditions sous lesquelles on peut penser la logique pour les fondateurs de la logique moderne : 

a. La logique est une structure profonde du langage, la structure de la pensée (archi-théorie). En cela, la logique tendrait à être un langage de paraphrase : un langage permettant de paraphraser le langage ordinaire, tout en dévoilant sa structure parfaite, la structure logique parfaite que le langage ordinaire voile.

b. Pour que ce langage de paraphrase soit vraiment un langage logique, il faut en plus pouvoir déterminer les inférences valides, c'est-à-dire les énoncés vrais en vertu de leur seul forme logique.

Langage de paraphrase + distinction entre termes logiques et termes extra-logiques. 

2. Chez Tarski, ce qui démarque les constantes logiques, c’est la double contrainte d’être matériellement adéquat et formellement correct. 

3. Les difficultés de l’analyse tarskienne : tout métalangage apte à supporter la définition du prédicat de vérité relatif à un certain langage-objet doit posséder un domaine d’interprétation strictement inclusif de celui que possède ce langage-objet. L’analyse modèle-théorique est inadéquate pour penser le problème de la démarcation, sauf à neutraliser les traits contingents de l’univers d’arrière-plan. 

a. Différenciation de deux niveaux d’universalité distincts

b. La validité logique consiste simplement dans le fait d’être vraie dans toutes les interprétations possibles du langage (corrélation validité logique – universalité). 

D/ Les vocabulaires universels LX chez Brandom. Faire d’une pierre deux coups : réaffirmer l’universalité logique et relever le défi de la démarcation

1. L’universel comme démarcation de la logique : universalité restreinte ou non-restreinte ? Reprendre le problème de l’universalité non plus simplement d’un point de vue sémantique, mais adjoindre une pragmatique. 

2. Défi de la démarcation : expliquer la signification des constantes logiques en termes de rôles inférentiels dans des contextes normatifs (les constantes logiques nous permettent d’expliciter les rôles inférentiels des énoncés). 

3. Réaffirmer l’universel logique : la connexion entre vocabulaire LX et les vocabulaires autonomes. 

4. Auto-engendrement : 

- De la sémantique par la pragmatique : certains doings (les assertions) ont la signification pratique d’être des sayings ; et 

- De la pragmatique par la sémantique : le vocabulaire logique élaboré algorithmiquement est suffisant pour spécifier les pratiques PV-nécessaires de n’importe quel vocabulaire autonome, donc de tout vocabulaire. 

E/ Conclusion : les relations sens-usage et le vocabulaire logique

1. Brandom peut ainsi reconstruire la démarcation entre logique et extra-logique (discursif/extra-discursif) de l’intérieur du discours. 

2. Algorithmisation constructive de la logique qui conserve pourtant une prétention universelle forte. Déplacer le problème : non plus le projet de trouver un vocabulaire dans lequel tout peut être dit mais le projet de trouver un vocabulaire dans lequel on peut dire tout ce qu’on a besoin de faire pour dire quoi que ce soit. 

3. Un projet métaphysique pris dans une acception non plus ontologique, mais ultimement sémantique : l’universalité comme expressivité.