dimanche 19 mai 2019

Expression et expressivisme. De la philosophie de l'esprit et du langage vers les sciences sociales?

Journée d'études le 21 juin 2019, organisée par le Lier Fonds Yan Thomas
De 9h30 à 17h30, salle 8, 105 bd Raspail, Paris

Avec Pierre-Henri Castel, Francesco Callegaro, Julia Christ, Stefania Ferrando, Michel de Fornel, Edouard Gardella, Florence Hulak, Cyril Lemieux et Vincent Réveillère.

Au sein de la philosophie pragmatique contemporaine, tout particulièrement chez Robert Brandom, les notions d'expression et d'expressivisme jouent un rôle fondamental. En première analyse, ce style de pensée tient pour étroitement liées trois choses : le privilège explicatif du know how sur le know that ; l'idée de Wittgenstein selon lequel le sens d'un concept, c'est son usage ; et un principe général d'expression qui les synthétise selon lequel la démarche de l'enquête consiste à rendre réflexivement explicite (dans des concepts) ce qui est implicite (dans des pratiques).
Autour de ce motif, des notions comme celle d'« acte de langage » déclaratif (d'assertion), d'inférence, de raisonnement pratique, et le « jeu de langage » privilégié qui consiste à « demander et donner des raisons » ont fait l'objet de développements inédits.
Or on se trouve devant un paradoxe. D'un certain point de vue, tout ce que fait déjà la sociologie d'inspiration pragmatique dans ses enquêtes empiriques met implicitement en œuvre un motif expressiviste – avec une grande richesse de résultats, et sans guère susciter d'alarme épistémologique. Par contraste, l'expressivisme pragmatique suscite un certain rejet au sein de la philosophie analytique mainstream en contredisant ses tendances à se rapprocher de la psychologie cognitive et plus généralement de l'épistémologie « naturalisée », mais aussi d'une philosophie de l'action fonctionnelle-causale marquée par l'individualisme méthodologique. La position expressiviste, surtout quand elle est radicalisée, est ainsi  grosse d'une controverse ultime sur la nature de la raison.
D'où une hypothèse tentante: et si l'expressivisme de Brandom n'était rien d'autre qu'une explicitation conceptuelle du style de l'enquête pragmatiste? Mais en réalité, sa philosophie ne fait aucun pas dans cette direction. Au mieux, certains liens se tissent avec une vision normative de la société, de l'« agir communicationnel » et de l'histoire qu'on trouve chez Habermas.
Cette journée se propose donc d'examiner, entre philosophes, linguistes et  sociologues, si et en quoi l'expressivisme (renouvelé par Brandom et Taylor) peut éclairer, voire enrichir l'appareil théorique de l'enquête en sciences sociales – ou pas. Divers aspects seront abordés: ce qu'est une raison d'agir, en quoi consiste le holisme méthodologique, l'idée d'histoire et même de sociologie historique de la connaissance qui sous-tend la démarche ; mais aussi, à rebours des situations normatives idéalisées en philosophie, ce qui empêche, ou facilite, dans la vie sociale empirique, l'expression réflexive et donc critique du contenu implicite des pratiques.
____________

Programme

La plupart des textes (accessibles sur ce blog), seront brièvement résumés et discutés par un premier répondant avant d'ouvrir les échanges collectifs.

9h30-10h15 Pierre-Henri Castel, Brandom, son expressivisme, et l'orientation pragmatiste en sciences sociales (discussion introduite par Francesco Callegaro)

En introduction à cette journée d'études, un crash course sur Brandom, et une première justification de l'hypothèse selon laquelle sa philosophie présente un intérêt majeur pour les sciences sociales d'inspiration pragmatiste.

10h15-11h Francesco Callegaro, L’expression du social. Brandom, Wittgenstein, Durkheim

Compte tenu de la place centrale qu’il accorde aux pratiques sociales, l’expressivisme rationaliste de Brandom semble pouvoir nous aider à clarifier les présupposés conceptuels ultimes des sciences sociales. En revenant sur sa relecture de l’argument de Wittgenstein au sujet du suivi des règles, je vais essayer de montrer au contraire que Brandom a souscrit à des engagements théoriques qui lui ont empêché de saisir le trait distinctif du social. Sans méconnaître les apports de l’expressivisme, il faut donc lui faire subir une torsion sociologique, si l’on veut le mettre au service des sciences sociales. Un lieu électif d’épreuve est l’argument analogue avancé par Durkheim dans les Formes élémentaires, selon lequel la raison humaine est un produit des pratiques sociales.

Pause

11h15-12h30 Michel de Fornel, Normes sociales, assertion et communication

L’une des forces de l’approche de Brandom dans Making it explicit et dans ses ouvrages ultérieurs est de défendre une perspective expressiviste radicalement différente de l’approche traditionnelle. Cet expressivisme que Brandom qualifie de « rationaliste » s’incarne dans un modèle associant de façon originale une sémantique inférentialiste et une pragmatique normative. On a souvent noté qu’une telle forme d’expressivisme le conduit à accorder une place centrale à un acte de langage, l’assertion,  et à une pratique linguistique, l’offre et la demande de raisons. Brandom semble sur ce point diverger de la théorie des actes de langage d’inspiration austinienne (et plus généralement de la socio-pragmatique) qui, tout en partageant la même orientation anti-représentationnelle et anti-intentionnaliste, n’a cessé de combattre l’idée d’un primat des actes de type assertif. On se propose de discuter de l’analyse de l’assertion en termes de score déontique proposée par Brandom, puis de montrer l’existence d’une convergence possible entre l’approche normative et l’approche performative.

12h30 13h15 Vincent Réveillère, Penser l'institution des concepts juridiques avec Robert Brandom.

L’approche de Robert Brandom présente un rapport particulier à la pratique du juge. En effet, pour expliquer le mécanisme d’institution sociale des normes, il prend souvent l’exemple du juge de Common Law. Le choix n’est guère surprenant. On peut penser que l’auteur y voit un cas prototypique du processus d’explicitation des normes implicites à une pratique. En effet, de nombreux mécanismes que Robert Brandom cherche à mettre en évidence dans le cas du langage ordinaire se trouvent de façon beaucoup plus explicite dans le langage juridique. En outre, la controverse se déroulant devant le juge correspond bien à la pratique du langage sur laquelle il se concentre : demander et donner des raisons. Toutefois, la vision idéalisée du Common Law que propose le philosophe tient plus lieu d’exemple pour expliquer sa thèse que de véritable objet d’étude.
Dans une posture opposée, nous proposons d’utiliser le travail de Robert Brandom pour penser l’institution des concepts juridiques en nous appuyant sur un passage de notre thèse de doctorat (Le juge et le travail des concepts juridiques : le cas de la citoyenneté de l’Union européenneInstitut Universitaire Varenne LGDJ-Lextenso, 2018). Plus spécifiquement, nous aborderons deux questions dans cette communication. Tout d’abord, nous chercherons à montrer que concevoir l’institution du contenu conceptuel comme un processus social et historique permet de dépasser des difficultés que l’on rencontre quand on pense les concepts comme des représentations définies a priori par des conditions nécessaires et suffisantes. Ensuite, nous proposerons une réflexion sur la façon dont le modèle que propose Brandom peut être développé pour penser la controverse se déroulant devant le juge comme participant à l’institution des concepts juridiques.

13h15-14h Pause déjeûner (les étudiants sont invités, dans la mesure des sandwiches disponibles!)

14h-14h45 Florence Hulak, L’expressivisme de Charles Taylor, une passerelle entre philosophie de l’esprit et sciences sociales ? (Voir le document joint)

Il peut être tentant de concevoir la pensée de Charles Taylor comme la médiation manquante entre philosophie de l’esprit expressiviste et sociologie pragmatique. En effet Taylor convoque une théorie de l’esprit et du langage puisée dans une tradition qu’il qualifie d’expressiviste (Herder, Hegel, Wittgenstein) pour proposer une lecture holiste et interprétative des phénomènes sociaux, critique des approches atomistes ou naturalistes. Nous soutiendrons toutefois que cette passerelle ne tient pas, parce qu’elle prend la forme d’une herméneutique politique qui est en réalité incompatible avec une philosophie de l’esprit d’ascendance wittgensteinienne (ce que confirme la lecture du débat de Taylor et Brandom sur Making It Explicit), comme avec les sciences sociales.

14h45-15h30 Stefania Ferrando, Du pouvoir à l’autorité symbolique : rendre explicite l’implicite est une pratique politique.

Ma contribution portera sur le concept de « autorité symbolique », tel qu’il a été élaboré par la philosophe Luisa Muraro. L’explicitation conceptuelle de ce qui est implicite dans les pratiques est d’abord une forme spécifique d’enquête scientifique ou plus largement d’entreprise intellectuelle. Il est toutefois important de reconnaître que, dans l’histoire de certains mouvements politiques modernes (féministes mais aussi ouvriers), cette explicitation réflexive a aussi été intégrée comme un moment central de la pratique politique elle-même.
Quelles sont les conditions pratiques de l’articulation conceptuelle de l’implicite des pratiques dans le cadre de ces contextes politiques ? Parmi ces conditions, on assignera une place centrale à l’émergence de formes d’autorité symbolique, censées permettre une circulation entre le langage et l’expérience qui s’oppose à la prise du pouvoir sur la compréhension et la description de l’implicite des pratiques. Les travaux de la philosophe Luisa Muraro consacrés à la linguistique et à la psychanalyse (Maglia e uncinetto ; L’ordre symbolique de la mère) vont nous permettre d’une part de préciser le concept de « autorité symbolique » et d’autre part de montrer son articulation explicite à partir des pratiques politiques du féminisme radical italien.

15h30-15h45 Pause

15h45-16h30 Edouard Gardella. Sociologie de la réflexivité: à partir d'un article sur la relation d'assistance.

Je partirai d'un article paru dans Sociologie du travail, qui propose une approche réflexive de la relation d'aide ; réflexive au sens du LIER, c'est-à-dire attentive à la façon dont les acteurs manifestent une réflexivité dans le cours de leurs pratiques. L'objectif est de voir comment, à partir de descriptions ethnographiques de situations et de dynamiques d'interactions, on peut en inférer, en tant que sociologue, la normativité de l'agir qui se rend observable dans les pratiques ; le type de pratiques concernées ici étant une relation d'assistance auprès de sans-abri. Je proposerai sur cette base des pistes pour voir comment sociologiser une appréhension de la normativité de l'agir à partir de Brandom.
Les lecteurs pourront se concentrer sur l'introduction (qui pose l'importance de l'observation de la façon dont les professionnels tiennent compte de la réception de l'aide qu'ils prodiguent pour faire passer d'une philosophie du care à une sociologie de la relation d'aide) et la 4e partie de l'article (dans laquelle il y a une longue description d'une situation où la réception de l'aide est incertaine).

16h30-17h15 Cyril Lemieux, Tendances à agir et expressivité sociale (à partir du Devoir et la grâce, 2009, p.112-125).


samedi 18 mai 2019

12. Percevoir, penser/parler, agir: l'espace discursif-inférentiel des raisons, ses entrées et ses sorties

Lectures préalables

R. Brandom, chapitre 3, "Pratique linguistique et engagement discursif" et chapitre 4 "Perception et action", in Rendre explicite 1, trad. I. Thomas-Fogiel et alii, Cerf, 2010, p.285-383 et p.384-505.
D. Lewis, "Scorekeeping in a language game", Journal of Philosophical Logic, 1979, 8, n°3, p.339-359. Cet article étant assez brutal, je suggère aux âmes sensibles qui s'y risqueraient de commencer par lire la notice "Baseball" sur Wikipédia.
M. Girel, "Wilfrid Sellars, philosophe synoptique", in La Philosophie analytique, S. Plaud & S. Laugier (éds.), Ellipses, 2011, p. 523-545.
V. Aucouturier, "la philosophie de l'action: raisons d'agir et savoir pratique", ainsi que "Elizabeth Anscombe",  in La Philosophie analytique, S. Plaud & S. Laugier (éds.), Ellipses, 2011, p.421-452.
A. Bandini, Wilfrid Sellars et le mythe du donné, PUF, 2012.

A/ Enjeux de ces chapitres

1. Les chapitres 3 et 4, moments de cristallisation du point de vue de Brandom. La construction d'une alternative systématique à toute philosophie du langage et de la logique imprégnée de logicisme formaliste, à la psychologie philosophique cognitive mainstream, et aux théories de l'action inspirées de la théorie de la décision et du choix rationnel.

2. Les tensions que se vouent à résoudre ces chapitres:
  • Comment s'articulent penser et parler (primat de l'intentionnalité, primat du linguistique, intrication des deux?). Et, au fond, pourquoi parle-t-on donc? Pour Brandom, la réponse est liée à l'articulation intrinsèque de l'assertion et de l'inférence.
  • Si ce qui est au cœur du dispositif, c'est l'espace discursif et référentiel des raisons (Sellars), les "entrées" perceptives et les "sorties" sous forme d'actions d'un tel espace sont-elles nécessaires ou contingentes? Et même si elles sont contingentes, comment s'opèrent-elle?
  • Les conceptions dominantes de la perception et de l'action sont des théories fonctionnelles causales de la perception et de l'action. Qu'apporte une théorie fonctionnelle socio-normative du langage, de l'esprit, puis de la perception et de l'action comme celle de Brandom?
B/ Pourquoi votre fille n'est pas muette: du normatif et de l'inférentiel au discursif

1. De la sémantique à l'intentionnalité
Sémantique formelle et sémantique philosophique (Tarski et Davidson vs Gentzen et Dummett). Mais que signifie "partir de l'usage" pour fixer le sens? Searle et le primat de l'intentionnalité dans la sémantique de l'agent.

2. De l'intentionnalité à la discursivité
Contre l'objection du locuteur unique, les théories linguistiques de l'intentionnalité, l'analogique ou  la relationnelle (Stalnaker vs Davidson et Brandom). Le moment davidsonien de Brandom: l'intentionnalité doit avoir une forme linguistique pour permettre l'interprétation croisée (sociale) des contenus (des croyances).
Le moment post-davidsonien de Brandom:
  • La double face de l'assertion: comme acte d'asserter et comme forme "pro-positionnelle" langagière.
  • Ce qui est en débat dans l'interprétation (dans l'attribution d'états intentionnels aux locuteurs), ce ne sont pas des croyances, mais des engagements et des habilitations, des attributions, mais aussi des reconnaissances. L'ambiguïté incurable du terme de croyance (Dennett).
  • Dépsychologiser le débat: s'engager, c'est ipso facto habiliter autrui à mettre au défi votre engagement. Le rôle des assertions (comme acte et comme forme propositionnelle) est de médier linguistiquement la détermination des contenus conceptuels. La déduction brandomienne de l'homme, ton zôon logon echôn.
3. Le baseball spéculatif de Brandom, modèle réduit de la pratique linguistique

Pourquoi le baseball et pas les échecs? La balle et la bate, ouverture sur la perception et l'action.
L'idée d'un paramétrage systématique du "marquage au score" dans la conversation chez Lewis. Hyperformalisation du "jeu" dans un "jeu de langage": à quoi Untel s'est engagé, à quoi est-il habilité? Et moi en sa présence?
Les trois différences entre Lewis et Brandom:
  • Autant de joueurs, autant de scores (est-ce encore un jeu, du coup?)
  • Pas d'arbitre en position de surplomb (que devient l'objectivité de ce qu'on se représente?)
  • L'archive du score n'est pas mentale (où est-elle, alors?)
 4. L'acte d'asserter comme pratique sociale centrale: Brandom contre et avec Wittgenstein
Il y a bien un jeu de langage privilégié: celui de l'assertion (donner des raisons, donc fournir soit des prémisses soit des conclusions).
Première limitation au scepticisme: pour défier un engagement, il faut avoir soi-même des raisons auxquelles on soit habilité (contre le doute "hyperbolique").

C/ Percevoir

1. De la philosophie de l'esprit à l'épistémologie: nous n'échangeons pas seulement des assertions, mais des prétentions (claims) à connaître la réalité. Le savoir (croyance vraie et justifiée du Théétète), c'est plus que l'engagement habilité.
Une perception peut-elle produire causalement le contenu conceptuel d'un énoncé d'observation: "ici, maintenant, rouge" serait alors vrai parce qu'il y a bien ici et maintenant du rouge. La version dure: les Konstatierungen au coeur des "énoncés protocolaires" de Schlick et Carnap. Implicitement, toute les théories informationnelles cognitives causales, qui lie un format représentationnel interne de la perception à un contenu sémantiquement articulable des énoncés.

2. L'argument de Brandom:
  • Un perroquet peut dire "ici, maintenant, rouge" de façon fiable (avec régularité)
  • Toutefois, la chaîne causale fiable qui lui permet de dire cela ne suffit pas à l'asserter. L'argument du "comté des granges" (rappel de Kripke et du problème du régularisme).
  • Comment rendre la fiabilité-régularité pertinente? La solution anti-externaliste et radicalement internaliste de Sellars: l'observateur (qui n'est pas un perroquet) justifie inférentiellement ce qu'il rapporte non-inférentiellement de sa perception. Car tout concept est potentiellement une loi (une explicitation tendanciellement complète et formalisable des inférences matérielles).
  • Brandom contre Sellars: il suffit que ces inférences soient implicites en pratique; en revanche, il faut que la fiabilité soit attribuée (et donc remise en cause) dans nos transactions sociales.
3. Conclusion: il faut un espace social-discursif-inférentiel pour rendre compte du contenu conceptuel des énoncés d'observation (et ceci vaut autant pour l'empirisme logique et sa conception du "donné" que pour les naturalisations cognitivistes de la perception).

D/ Agir

1. Une explication décisive avec la théorie de la décision et du choix rationnel, avec Davidson, mais aussi contre la naturalisation cognitiviste de l'intentionnalité pratique. Point de contact capital entre philosophie pragmatiste et ouverture sociologique (médiée plus par Hegel que par Kant).
La théorie standard de l'explication intentionnelle de l'action: croyance + préférence (désir ou une autre pro-attitude normative). Lien avec la naturalisation fonctionnelle-causale de la croyance.
Le problème-clé de l'irrationalité dans les théories causales-fonctionnelles de l'action (video meliora proboque, deteriora sequor, Médée chez Ovide).

2. La stratégie de Brandom (symétrique à celle avec la perception):

  • Une approche d’abord normative à partir de l'espace des raisons: "La reconnaissance de l'engagement pratique peut être conçue comme l'intention dans laquelle la performance est produite." (RE 461). Un mécanisme différentiel fiable de réalisation de cette performance s'y ajoute (Est-ce trop facile?)
  • Si agir c'est rendre-vrai p, comme croire tenir-pour-vrai p, primat de l'assertion sur l'action.
  • Une lecture expressiviste du syllogisme pratique: il n'explique pas comment fonctionne l'action ni comment elle est causée, il explicite ce qui est implicite dans les inférences matérielles pratiques.
  • En quoi Brandom pense dépasser Davidson: a) plus besoin de faire des raisons des causes, ni l'inverse, c'est une théorie normative-fonctionnelle; b) le problème de l'irrationalité est ipso facto dissout par la distinction entre engagement et habitation; c) aucun privilège au prudentiel (à l'utilité): on peut agir pour une norme sans avoir à chercher un désir psychologique individuel (kantisme de la volonté); d) l'intentionnalité est imputable uniquement au sein du marquage au score comme jeu social.

3. Conséquences à longue portée d'une théorie expressive de l'agir.

La citation de Hegel en exergue est plus importante que la redécouverte de la théorie kantienne de la volonté. L'espace des raisons, discursif et inférentiel, de la volonté, exige la vie sociale (via la mise au défi intersubjective des engagements pratiques, qui habilitent autrui à les critiquer).
L'habitude, entre régularité causale et fiabilité individuelle et psychologique, et "seconde nature" stabilisée dans les mœurs sociales et historiques. Hegel pragmatiste?
L'espace pragmatique, recouvrement potentiel de la philosophie pragmatiste et des sciences sociales.


lundi 6 mai 2019

11. Modernité et pré-modernité au prisme des "rituels thérapeutiques"

Lectures préparatoires

G. Charuty, Folie, mariage et mort: Pratique chrétienne de la folie en Europe occidentale, Seuil, 1997.
____________________

(Enregistrement de la séance)

A/ Un miroir anthropologique délibérément construit entre les Wolof et nous

1. Rappel des enjeux philosophiques de cette approche de la psychanalyse d'enfant.
  • Une autre philosophie de la psychanalyse, d’inspiration pragmatiste, que la critique épistémologique standard
  • Devenir une personne, et les rituels qui remédient aux accidents de ce processus: pas un problème psychologique en soi, mais un problème rendu psychologique sous certaines conditions.
  • L'approche comparative d'un point de anthropologique.
  • L'approche comparative du point de vue d'une "anthropologie philosophique" (Winch): élucider des "formes de vie" pas des faits empiriques socialement sanctionnés. Qu'est-ce donc que l'autonomie? Lien avec Brandom.
2. Le paradoxe décisif: le nit ku bon manifesterait notre "normalité". Intériorité et autocontrainte (Selbstzwang chez Elias) comme normes sociales de l'autonomisation de la personne en Occident.

3. Le régime d'action wolof et le nôtre: imitation holiste vs planification articulée des projets.
  • D'où vient notre sensibilité logico-discursive spécifique à l'intentionnalité de l'agir? Une réponse historico-anthropologique.
  • Le problème du jeu et du jouet chez les enfants, et la division du travail social. Conséquences pour une approche clinique de la socialisation primaire. Les statuts normatifs du thérapeute d'enfant.
3. Récapitulation systématique de la comparaison entre rite thérapeutique traditionnel et psychanalyse (avec les enfants)

B/ Le monde où devenir "autonome", ses périls, ses contradictions, et la forme "rituelle" de leurs solutions

1. Défense épistémologique, en sciences sociales, de l'approche comparatiste. Un cas "intermédiaire" entre le monde traditionnel wolof et le monde moderne: le "mal de saint" selon G. Charuty.

2. Situation ambiguë de la psychanalyse d'enfant comme "rituel thérapeutique" moderne.

3. Défense philosophique de l'approche comparatiste pour distinguer la pluralité des "formes de vie" (Lifeforms et Forms of life). L'"espace pragmatique" des Modernes.

4. Transition vers les problèmes de l'image et de la représentation du séminaire de l'année prochaine.
  • Le dessin d'enfant dans la pratique de la psychanalyse, signe d'une chose (psychique et inconsciente) ou trace agissante d'une force?
  • De l'anthropologie des rituels thérapeutiques à l'anthropologie de l'image et de la mémoire.

mardi 30 avril 2019

Un numéro spécial en anglais et en espagnol consacré à Brandom et Wittgenstein

J'attire votre attention sur le numéro suivant de Disputatio, qui comporte plusieurs textes classiques de et sur Brandom, en remerciant Jean Lassègue de me l'avoir signalé!

DISPUTATIO. Philosophical Research Bulletin (Madrid, ISSN: 2254-0601), is pleased to announce the publication of the first advance of Special Issue: Linguistic and Rational Pragmatism: The Philosophies of Wittgenstein and Brandom.
DISPUTATIO. Boletín de Investigación Filosófica (Madrid, ISSN: 2254-0601), se complace en anunciar la publicación del primer avance del número especial: Pragmatismo lingüístico y racional: las filosofías de Wittgenstein y Brandom.


TABLA DE CONTENIDOS | TABLE OF CONTENTS
ARTÍCULOS | ARTICLES

Asserting 
[Afirmar] (English-Spanish Edition)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/brandom-asserting/
How Not to Read Philosophical Investigations: Brandom’s Wittgenstein  
[Cómo no leer las Investigaciones Filosóficas: El Wittgenstein de Brandom] (English-Spanish Edition)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/mcdowell-wittgenstein/
Some Strands of Wittgenstein’s Normative Pragmatism, and Some Strains of his Semantic Nihilism  
[Algunas vertientes del pragmatismo normativo de Wittgenstein y algunas tensiones de su nihilismo semántico] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/brandom-pragmatism/
Wittgenstein and Brandom: Affinities and Divergences 
[Wittgenstein y Brandom: afinidades y divergencias] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/blackburn-wittgenstein/
Wittgenstein and Brandom on Normativity and Sociality 
[Wittgenstein y Brandom sobre normatividad y socialidad] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/macbeth-normativity/
Normativity: A Matter of Keeping Score or of Policing? 
[Normatividad: ¿una cuestión de puntaje o de monitoreo?] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/weiss-normativity/
The Pragmatic Gettier. Brandom on Knowledge and Belief 
[El Gettier pragmático: Brandom sobre conocimiento y creencia] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/frapolli-knowledge/
Wittgenstein (and his followers) on meaning and normativity  
[Wittgenstein (y sus seguidores) sobre significado y normatividad] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/horwich-meaning/
From Conceptual Content in Big Apes and AI, to the Classical Principle of Explosion: An Interview with Robert B. Brandom 
[Del contenido conceptual en los grandes monos e IA, hasta el principio de explosión clásico: una entrevista con Robert B. Brandom] (English)
http://disputatio.eu/vols/vol-8-no-9/frapolli-wischin-interview/