jeudi 17 février 2022

7. Habermas et Brandom (P.-F. Mouraud)

 Lectures préalables 

Brandom, Robert. « Facts, Norms, and Normative Facts: A Reply to Habermas ». European Journal of Philosophy 8, nᵒ 3 (décembre 2000): 356‑74. 

Habermas, Jurgen. « From Kant to Hegel: On Robert Brandom’s Pragmatic Philosophy of Language ». European Journal of Philosophy 8, no 3 (décembre 2000): 322 55. (traduit en Français, dans Vérité et Justification)

Lectures de fond 

Dewey, John. « Lectures in Social and Political Philosophy ». European Journal of Pragmatism and American Philosophy VII, no 2 (23 décembre 2015).

Raynaud, Philippe. Max Weber et les dilemmes de la raison moderne. Recherches politiques. Paris: Presses Universitaires de France, 1987.

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(Enregistrement de l'exposé et de la discussion)

A/ Introduction

Débat de Brandom et Habermas en 2000 suite à la publication de Making it explicit. la publication récente d'A Spirit of Trust fournit le moyen de revenir sur les aspects plus directement politiques et sociaux implicites dans ce débat. Quel est l’horizon commun à ces deux auteurs ? 

1. La quête d’une philosophie post-hégélienne visant à saisir son temps par la pensée : espace philosophique de la modernité

2. Le tournant linguistique comme dépassement de l’opposition entre objectivisme et subjectivisme

Intérêt de ce débat pour l’étude de Brandom : passage devient explicite entre : 

1. Normativité épistémique pragmatiste : l’épreuve de justification et de critique parce qu’il n’y a plus de critère représentationnel. 

2. Normativité proprement démocratique : normativité démocratique parce qu’il n’y a plus d’autorité ultime naturelle. 

La question du débat : quelle normativité pour penser la raison des Modernes, pour penser l’autonomisation de la raison des Modernes ? 

B/ L’opposition entre normes et faits  

Approche pragmatique : c’est la pratique langagière qui nous renseigne sur l’usages juste des expressions. 

1. Le danger du nivellement des normes et des faits. Les normes, c’est ce qu’on peut transgresser et ce qu’on est appelé à justifier. Qu’est-ce qui justifie les normes sinon les faits ? (cf problème de l’action)

i. Un factualisme normatif

ii. Qu’est-ce le réalisme conceptuel ? 

2. Le danger d’une conception trop peu robuste de l’objectivité. 

i. Contre l’argument de l’accord-communautaire, une enquête sur ladite communauté. 

3. Le danger de l’objectivisme pour la morale et la discursivité 

i. Une conception expressive des normes : les normes permettent d’expliciter des schémas d’inférence, en préservant les habilitations. 

ii. Que devient la communication dans un cadre radicalement non-psychologique et non-représentationnel ?

C/ Le lien entre normativité linguistique et normativité démocratique   

1. L’héritage de la polémique Apel/Habermas. 

- Normativité linguistique : savoir-faire pratique et idée d’une communauté 

- Normativité démocratique : Weber et le processus de rationalisation moderne

Comment qualifier le pouvoir critique de la raison ? (débat avec Apel) : pouvoir critique universelle de la raison ou pouvoir critique herméneutique de la raison. Les règles de la pragmatique peuvent-elles être soustraites à la conversation démocratique ? 

2. Une normativité sociale expressive

La démocratisation ne porte pas seulement sur la procédure de la décision, elle porte tout autant sur son contenu. Autrement dit, la démocratisation porte sur la rationalité elle-même (sa forme et son contenu). 

Brandom : pragmatique normative et sémantique inférentielle comme les deux faces d’une même médaille.  C’est la possibilité pour la pragmatique de prendre en charge des contenus sémantiques qui ne sont plus dès lors contingents. 

3. Qu’est-ce qui s’autonomise dans le monde moderne ? 

La rationalité ne peut être construite à partir de la logique de l’action individuelle : passage d’un schéma communicationnel à deux interlocuteurs à un schéma holiste à trois interlocuteurs. Autonomie non plus comme se rendre responsable devant autrui, mais s’auto-contraindre pour intensifier la collaboration discursive avec autrui. L’autonomie porte avant tout sur la raison.

D/ Qu’est-ce que ce débat change pour une philosophie normative sociale post-hégélienne ? 

1. Le projet post-hégélien d’une histoire de la modernité

Projet post-hégélien d’une philosophie qui a pour vocation d’exprimer son temps par la pensée, c'est-à-dire qui assumerait sa propre historicité. Projet qui suppose que la philosophie entame un dialogue avec les différentes sciences qui participent de cet espace de la modernité. 

2. Quelle normativité pour l’autonomie démocratique ? 

- Habermas : rationalité communicationnelle comme socialité libre de domination 

- Brandom : Hegel et Dewey (idée de « growth » mais définalisé) pour penser l’institutionnalisation sociologique de la liberté individuelle

La démocratie comme forme de vie créative devient la norme de la rationalité. 

3. La philosophie dans l’espace de la modernité

La philosophie doit se moderniser pour assumer sa propre historicité. La rationalisation implique dès lors un critère d’augmentation des liens d’interdépendance, c'est-à-dire de réciprocité de l’autorité et de la responsabilité. 

Geste brandomien qu’on peut essayer de situer en réponse à celui de Habermas : 

- Epistémologie : plus de critère empirique au sens logique (plus de sciences qui tireraient leur autorité d’un critère empirique). 

- Anti-représentationnalisme : anti-individualisme (cf critique de la distinction privé/public).

- Holisme : l’enquête réfléchit le lien entre le conceptuel et le collectif.

E/ Conclusion : la modernité, c’est assumer la rationalisation démocratique. 

Quelle normativité pour penser l’autonomie des Modernes ? La normativité démocratique des Modernes comme figure abyssale et radicalement dénaturalisante : articulation de fins qui n’étaient pas préalablement définies. 

- Plus de figure idéale de l’autorité, plus d’étalon de mesure de l’autorité bonne ou rationnelle. 

- Démocratie expressive liée à la réciprocité des liens d’interdépendance. 

- Autonomisation de la raison dans un cadre démocratique


dimanche 30 janvier 2022

6. Un "amical amendement" à Rorty, ou du "vocabulaire des vocabulaires" à une métaphysique "modeste"

Lectures préalables

R. Brandom, Perspectives sur le pragmatisme, trad. française, chapitre 5.

Lectures de fond

W.O. Quine, "Deux dogmes de l'empirisme", in Du Point de vue logique, trad. française, Vrin, 2003.

R. Rorty, "De l'idéalisme du XIXème siècle au textualisme du XXème siècle" in Conséquences du pragmatisme, trad. française, Seuil, 1993.

R. Rorty, La Philosophie et le miroir de la nature, "Les représentations privilégiées", chapitre IV, trad. française, Seuil, 2017.

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(Enregistrement de l'exposé)

A/ Introduction.

Brandom: de nouvelles "conséquences du pragmatisme", s'il est rationaliste. Les dualismes de la culture moderne selon Rorty. Sous la "synthèse", le retour du dualisme Nature /Histoire (sciences naturelles/sciences sociales)? Conversation et métaphysique "modeste". Le mouvement rationaliste de Brandom vers Habermas.

B/ Les prémisses rortyenne du concept de "vocabulaire"

Quine/Sellars contre Carnap. Ce que Rorty a dit du matérialisme éliminativiste et en quoi ce n'est pas une thèse "neurophilosophique" objectiviste (les Churchands). Les vocabulaires contre les théories représentationnistes.

C/ Normes et causes: le grand partage

1. Rorty excessivement relativiste? Le problème de la vérité et des faits "avant que nous n'existions" (rappel de Dewey). Le problème de la communauté où tous croient quelque chose de faux.  La distinction claimings/claimable.

2. La croyance vraie, même si elle n'est pas justifiée: ses conséquences épistémiques. Sexeurs de poussins, experts en poterie précolombienne, etc. La distinction believings/believables.

3. Comment passer des représentations au vocabulaire des vocabulaires?

Les paradoxes du vocabulaire-"outil": il sert à créer des nouveautés, et ses fins sont définies à l'intérieur de son usage même. Les deux dangers qui le guettent: historicisme téléologique et naturalisme réductionniste. Seul le pragmatisme corrige l'un par l'autre.

D/ Politiques de Rorty et de Brandom

1. Vocabulaires privés et publics selon Rorty: une thèse libérale, l'incompatibilité des vocabulaires de la justice et de l'autonomie individuelle.

2. Brandom contre Rorty: les normes linguistiques et la créativité reposent sur une liberté "positive" (Kant). Contre l'opposition des deux vocabulaires de la justice et de l'autonomie individuelle.

E/ Conclusion

Brandom, rationaliste, mais aussi "modernisateur": la métaphysique modeste comme production de vocabulaires pour les intellectuels d'aujourd'hui.

lundi 17 janvier 2022

5. Sauver l'objectivité: le défi d'un pragmatisme "rationaliste" néo-hégélien (ou Rorty, victime d'un parricide)

Lectures préalables

R. Brandom, La Raison en philosophie, trad. française, Ithaque, 2021, chap. III,  p.89-121.

Lectures de fond

R. Rorty, "Introduction" et "Renoncer au monde" in Conséquences du pragmatisme, trad. française, Seuil, 1993.

R. Rorty & P. Engel, A quoi bon la Vérité? Grasset, 2005

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(Enregistrement de l'exposé

Enregistrement de la discussion)

A/ Introduction: Rorty, notre "chien crevé"

B/ Position du problème: le pragmatisme est-il un relativisme sceptique?

1. vérité-adéquation, représentation et objectivité, trois notions solidaires à rejeter? Brandom sur Leibniz et Spinoza: deux ruptures avec Descartes.

Dieu (l'adaptation)

représentants ↔ représentés (objets)

↓                            

représentants  représentés

(etc.)

Ce en quoi consiste l'objectivité des représentations (l'intentionnalité comme problème métaphysique). Remarque sur l'empirisme et la modalité.

2. Le contexte socio-politique de ces polémiques. Le problème des vérités en soi: la vision individualiste de la connaissance. Comment nous mettre d'accord sur l'accord? Sciences naturelles des Lumières, sciences sociales de la modernité.

3. Rorty et la "conversation" (le faillibilisme libéral-démocrate généralisé à la discursivité). Contraste entre l'expérience comme "friction" entre nos idées et les choses et l'anti-représentationnisme global du dernier Rorty.

4. De l'Erfahrung hégélienne comme processus pratique de la connaissance par essais et erreurs à la reconquête de l'objectivité dans un cadre pragmatiste normativiste. Brandom parricide.

B/ Lecture du chapitre 3 de La Raison en philosophie

1. Rappel des prémisses kantiennes de la lecture brandomienne de l'Erfahrung: responsabilité normative, concept comme règle et primat de la force sur le contenu.

2. Rappel des prémisses hégéliennes de l'analyse de la "friction" objective: normativité sociale, reconnaissance réciproque et "indépendance relative" des contenus conceptuels à l'égard des attitudes.

3. Qu'est-ce que cette "indépendance relative" des contenus jugeables eu égard aux attitudes doxastiques? L'image des joueurs d'échecs, puis celle de l'usage du terme conceptuel "cuivre". Le recours à la notion de division du travail social linguistique (Putnam).

4. Le temps qu'il faut au déploiement du décalage décisif entre l'attribution d'un contenu conceptuel (de dicto) et la reconnaissance normative de l'autorité qui devance cette attribution, et sert à évaluer (de re) la correction de l'attribution. C'est l'Erfahrung comme histoire et la logique de l'Erinnerung. Le modèle de la Common Law.

C/ Conclusion: et l'objectivité "réaliste" de l'objet, dans tout ça?

1. Pour écarter l'objection relativiste sceptique, on n'aurait besoin que d'assumer sa responsabilité devant des normes qui devancent et servent  évaluer les attributions autonomes des agents discursifs-conceptualisateurs. Brandom dit juste ce qu'on doit faire pour être considéré comme tenant un discours objectif, et il n'y a rien de plus "réaliste" dans l'objet que cela.

2. L'argument de Brandom enveloppe une idée réflexive du progrès de la Raison (auto-application du modèle de la Common Law à l'histoire de la rationalité).

3. Une place est réservée, contre Rorty, à la représentation. Pas comme "miroir de la nature", ni comme format psychocognitif interne, mais comme horizon de la référence (de re) sur laquelle converge les sens (de dicto): c'est ce qui permet de mettre en question les attributions persectives des agents discursifs en leur demandant: de quoi parles-tu?(Ce de quoi tu parles, c'est ce à la lumière de quoi on évaluera ta prétention à la connaissance objective).

mardi 4 janvier 2022

4. Naturaliser l'Erfahrung hégélienne, tout en conservant son historicité et son procès rationnel (Dewey n'en croit pas ses oreilles!)

Lectures préalables

G.W.F. Hegel, Introduction de la Phénoménologie de l'esprit, trad. française de J.-P. Lefebvre, Flammarion, 2012, p.115-128.

J. Dewey, "La réalité comme expérience", trad. française in Tracés, 2005, p.83-91.

R. Brandom, Perspectives sur le pragmatisme, chapitre 1 (traduction en cours)

Lectures de fond

R. Brandom, La Raison en philosophie, trad. française, Ithaque, 2021, chap. III,  p.89-121.

B. Karsenti & L. Quéré, La Croyance et l'enquête. Aux sources du pragmatisme. Raisons Pratiques, EHESS, 2004, notamment l'introduction, et les textes d'Isaac Joseph, Christiane Chauviré et Mathias Girel.

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(Enregistrement de l'exposé)

A/ Introduction

Le défi d'un pragmatisme "rationaliste" normatif (donc aux antipodes de Dewey) et cependant toujours naturaliste. Une tension entre évolutionnisme immanentiste et historicisme. La stratégie de Brandom: non plus invoquer un darwinisme généralisé et ses effets sur la connaissance humaine, mais naturaliser un concept socio-historique idéaliste-normatif de la connaissance. "Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie." (Lautréamont): Hegel et Dewey, deux notions hétérogènes de l'expérience?

B/ Le concept d'Erfahrung dans l'introduction de la Phénoménologie de l'esprit.

1. Les six thèses de l'Einleitung (dans une approche wittgensteinienne, en termes de grammaire logique de l'en-soi/pour-moi)

  • Il ne peut pas y avoir de critique préalable de ce qui sert à saisir la vérité: la connaissance ni un outil ni un filtre. L'"en soi" ne s'oppose pas au "pour moi", l'en soi est pour moi. Hegel est  post-kantien en ce qu'il réfute l'indépendance ontologique de la chose-en-soi comme de toute vérité ou Absolu séparés de la connaissance (PhE, p.117).
  • Ce qu'on juge d'habitude être une simple apparence de savoir est l'apparition du savoir. On ne peut donc  se proposer que d'"exposer le savoir dans le processus de son apparition phénoménale" (PhE p.119), jusqu'à ce que la totalité réfléchie de cette apparition phénoménale manifeste l'essence. Exposer ce processus c'est exposer la "science de l'expérience (Erfahrung) de la conscience" (PhE, p.127-128). Les moments du Tout (du Vrai, de l'Absolu) ne sont donc que des figures de la conscience.
  • Sur le chemin de l'en soi, ou de l'objet vrai, la conscience, certaine au départ, perd nécessairement sa vérité: c'est un chemin autant de doute objectif (scepticisme) que de désespoir subjectif (tragique, car une conscience meurt nécessairement à soi en atteignant le concept de l'objet). Mais c'est en même temps le chemin des figures véritables de la "culture" (Bildung) (PhE, p.120), car la conscience devient toujours plus cohérente avec elle-même en étant toujours plus objective.
  • Pour nous qui connaissons quoique de façon seulement formelle, vers quelle fin tend ce processus (le Vrai, le Tout comme Absolu), notre point de vue est celui du narrateur omniscient du "roman de formation" (Bildungsroman) de la conscience. Mais c'est la "conscience malheureuse" qui passe par tous les degrés du désespoir qui lui donne son contenu concret, et qui est l'héroïne du roman. Il faut donc opposer le point de vue du "pour nous" et celui du "pour soi", qui ne coïncident qu'à la fin dans le "savoir absolu".
  • La négation double qui se manifeste dans ce processus (eu égard à une "figure" périmée de la conscience et à une version périmée de l'objet) est en même temps la détermination véritable du contenu conceptuel. (Omnis) determinatio est negatio (duplex).
  • Enfin, le moteur du processus (entre certitude et apparence pour soi, et vérité-objectivité de l'en soi) est une oscillation "dialectique" (PhE, p.125) entre: a) ceci qu'il y a quelque chose pour une conscience" (ce à quoi se réfère un savoir en le distinguant comme son objet); et b) distingué de ce savoir, c'est-à-dire du simple concept de l'objet et posé comme étant en soi, la vérité dudit savoir. Mais cet en soi (cf. la thèse anti-kantienne initiale) n'a jamais été qu'un en soi pour moi! Aussi a) le critère de la vérité est-il toujours interne à la réflexion de la conscience en tant qu'elle se rapporte à ce qui est en soi pour elle; b) chaque fois que son savoir se modifie dans et par cette comparaison, l'objet se modifie aussi: "un nouvel objet vrai surgit" (PhE, p.125) et, du même coup, avec ce nouvel objet qui apparaît "dans le dos" de la conscience, à son insu, (PhE, p.127 et Encyclopédie §25) surgit une "nouvelle figure" de cette dernière, etc.
2. Ce que Brandom reprend, ce qu'il abandonne, et les enjeux de son opération de sélection du point du vue du pragmatisme. Peirce à l'arrière-plan: une processualité inférentielle concrète, une logique des choses. Mais c'est quand même l'expérience au sens vulgaire, par essais et erreurs, compliquée d'une démarche prospective/rétrospective des engagements et des habilitations (le modèle du jugement dans la Common Law). Le holisme sémantique, pas la totalisation du vrai; la convergence à l'infini du sens, avec "pessimisme sémantique" (la dialectique, le moment sceptique); pas celle de la référence.

C/ L'expérience comme réalité chez Dewey: analogies et écarts avec Hegel.

Les sept thèses de "Reality as Experience" (1906).
  • La réalité "R" (au sens de ce qui a toujours été là même avant nous "O") n'est distinguable de l'expérience "E" que si on interpose une conscience entre les deux. Critique de la conception positiviste du fait.
  • Mais être pleinement darwinien, c'est considérer que la réalité doit inclure en elle l'esprit, et que l'esprit sélectionné est nécessairement adapté à l'action sur la réalité et notamment à la connaissance "expérimentale" de cette réalité.
  • On ne va pas tant de l'expérience à la réalité que de "versions" de la réalité expérimentée vers d'autres "versions" mieux adaptées, selon un principe faillibiliste: O = (R0 + E0), (R1 + R1), (Rn + En), etc.
  • Mais cette transition continue ne peut être découverte que dans l'expérience elle-même, et non par un usage transcendant de la "théorie" de l'évolution (preuve par régression).
  • D'autre part, on ne peut pas séparer l'extra-scientifique (par ex. le coup de pioche sur un chantier de fouilles) du scientifique du point de vue de la pratique de co-production de la réalité expérimentée et de l'expérience de la réalité. Ne pas confondre la science comme "connaissance formulée" et la science comme processus immanent et continuiste qui va de la pratique ordinaire jusqu'à la plus haute réflexion scientifique.
  • Il y a toujours un "surplus" de O sur R, et l'incomplétude de R n'est levée que partiellement (asymptotiquement?) par E. O est-il une affirmation ontologique (la dynamique de l'être-en-soi-se-faisant-expérience-et-objet-d'expérience) ou un pur et simple index logique de l'incomplétude de l'expérience?
  • Il n'y a pas de "fonction de connaissance" réellement isolable dans l'expérience, car toutes les fonctions psychologiques (volonté, émotion) sont prises ensemble dans la dynamique du surplus O > R + E.
D/ Conclusion: comment revenir sur l'Erfahrung à partir de ce point de vue faillibiliste? Il suffit de glisser de la théologie implicite chez Hegel à la grammaire logique, et de l'épistémologie aprioriste à une socio-histoire de la connaissance.